Je m'approchai lentement de la cabane du vieux Disn'h, à la frontière des marais. Le vieil homme m'accueillit de son plus beau sourire édenté. Il portait ses habituelles fripes crasseuses. Il vivait depuis si longtemps dans les marécages qu'il ne pouvait plus se débarrasser de l'odeur lourde qui l'accompagnait. L'avantage était qu'il pouvait se déplacer sans être repéré, à la manière d'un caméléon olfactif, se fondant dans l'environnement.
Il me conduisit derrière sa demeure où Woodstock, ma licorne, m'attendait sagement. Alors que j'approchais la main pour flatter son museau, il eut un mouvement nerveux. Le vieux Disn'h aussi semblait avoir senti quelque chose d'inhabituel dans ses marais si familiers. Je me raidis lorsqu'un sifflement se fit entendre au loin. Un carreau d'arbalète frôla mon épaule et se ficha dans le sol derrière moi. Sans hésiter, le vieil homme se jeta dans une flaque boueuse et fit le mort.
Habitué des champs de bataille, Woodstock s'écarta sans se cabrer. Je sautais sur son dos au moment où un autre carreau vola. Piquant des deux, je m'élançai au galop. Les assaillants s'étaient dissimulés dans la végétation luxuriante des marais, il me fallait m'éloigner rapidement. Un jet de lumière, que j'évitai de justesse, jaillit de ma droite .
Je faisais les comptes : au moins un archer et un sorcier en avaient après moi. En temps normal, j'aurais conclus à une embuscade tendue par des Reikons en promenade, mais les récents événements modifiaient légèrement la perspective. Je supposai qu'ils devaient être liés à la confrérie des aubergistes. Ne pouvant prendre le risque d'être dévoilés au grand jour, ils avaient décidé de nous éliminer nous aussi.
Un hennissement m'informa qu'ils s'étaient lancés à ma poursuite, mais Woodstock est un compagnon de voyage aguerri, habitué à galoper sur des lieues, et distança sans effort mes agresseurs. Je me dirigeai vers le point de rendez-vous, craignant pour la sûreté de mes compagnons.
Penché sur l'encolure de Woodstock, je scrutais tout autour de moi, à la recherche d'éventuels ennemis supplémentaires. Enfin, la maison du garde-chasse apparut au loin, ainsi que Hellismine et Bary. Je m'arrêtais à quelques mètres d'eux, ils étaient en train d'examiner le contenu des sacoches.
« En selle ! Les assassins de la Guilde sont à mes trousses, leur criai-je, en désignant les marais. Il faut partir pour la taverne de la Licorne Blanche. Nous ne pouvons pas attendre. Glaps nous rejoindra en chemin, il connaît notre destination et saura se dissimuler à la vue de nos adversaires avec sa magie. »
Joignant le geste à la parole, je lançai Woodstock sur la route poussiéreuse.